A part esthétique, quel est l’intérêt d’être sec?

Perte de Poids

Temps de lecture: 8 minutes

Mon secret minceur? Je fais des pâtisseries pour tous mes amis. Plus ils deviennent gras, plus je parais mince.

Etre sec, autrement dit avoir une masse grasse faible, est aujourd’hui devenu une obsession. Pour exemple, voici la comparaison des couvertures des magazines Men’s Health® des années 90 et d’aujourd’hui:

Men's Health   Les hommes des couvertures de 2015 (les 4 de droite) sont bien différents des couvertures des années 90 (les 4 de gauche) présentant des hommes sportifs mais « normaux« . Comme si une guerre acharnée s’était petit à petit établie contre la graisse et qu’il fallait en plus d’épaules larges et de pectoraux saillants, arborer des abdos par packs de 6 (voire de 8). Cette tendance se vérifie aussi sur d’autres terrains. Chez BG Sport par exemple, l’objectif d’être plus sec revient chez 8 personnes sur 10 (hommes et femmes confondus). Et sur ces 8 personnes, seules 3 sont en surpoids (léger à moyen).

  • Mais au delà  de considérations esthétiques, est ce qu’être sec a un intérêt?
  • Bénéficie-t-on d’une meilleure santé et de meilleures performances sportives avec une masse grasse faible?

C’est en m’appuyant sur les dernières données scientifiques en la matière, que je vous livre mon point de vue.

A plusieurs reprises dans l’article, je parlerais de gens secs et non secs. Leur différence s’appuie uniquement sur leur masse grasse respective et non pas sur leur poids. Prenons en exemple deux personnes de même poids et de même taille. L’une peut très bien appartenir à la catégorie « sec » et l’autre à la catégorie « non-sec ».

Voici une comparaison d’hommes et de femmes avec des taux de masse grasse différents. Les photos données proviennent d’une source non scientifique mais je vous confirme qu’elles restent très proches de la réalité, en m’appuyant sur les nombreux tests que j’ai pu réaliser auprès de dizaines de personnes différentes.

  • Pourcentage Masse GrasseLes personnes entrant dans la catégorie sec sont les Ultra Lean et Lean (Lean = Sec)
  • Les personnes entrant dans la catégorie non sec sont les Moderate Lean .

Je n’intègre volontairement pas les personnes appartenant à la catégorie Low Body Fat dans les personnes sèches (même si elles le sont) car elles s’exposent à de grands dangers pour leur santé avec un tel taux de masse grasse. Idem pour les Excess Fat mais à l’inverse.

Est ce qu’être sec confère une meilleure santé?

   Dans l’univers médical, afin de déterminer les risques de morbidité (risques de maladie) et de mortalité, on se réfère à l’IMC (Indice de Masse Corporel) (1). J’ai récemment démontré ses limites dans un précédent article que je vous invite à lire (un lien vers l’article sera placé en bas de page). A cause de ses limites, l’IMC a besoin d’être corroboré par d’autres informations. Ainsi la connaissance de la composition corporelle et en particulier de la masse grasse amène plus de précisions quant aux risques de morbi-mortalité (2)Ci dessous vous est présenté un tableau produit par l’American Council of Sports Medecine qui classe les risques sur la santé en fonction du pourcentage de masse grasse. 

Tableau Masse Grasse

Vous retrouvez les noms des catégories présentées dans le comparatif photos plus haut

   Dans ce tableau les personnes à risque sont celles qui entrent dans la catégorie « Risky« . On comprend ainsi qu’il n’est pas sain d’être trop gras, ce qui semble évident, mais qu’il n’est pas non plus sain d’être trop sec; ce qui semble moins évident. Pourquoi? Je vous replace le comparatif photo vu plus haut.

Pourcentage Masse Grasse

Parce que les personnes de la catégorie Low Body Fat semblent en bien meilleure forme physique que les personnes de la catégorie Excess Fat. Et que pour intégrer la catégorie Low Body Fat, il faut s’astreindre à un régime restrictif et un entrainement intensif. Alors que la catégorie Excess Fat s’atteint assez facilement avec un bon canapé, des chips et des bières.

Pourtant, voici les risques auxquels vous vous exposez quand vous êtes trop sec – catégorie Low Body Fat (liste non exhaustive) (3,4,5):

  • Problèmes cardio-vasculaires (bradycardie, arythmies) 
  • Dérèglements hormonaux (chute de la testostérone et de l’IGF-1 – Hormone de croissance endogène)
  • Diminution de la force (jusqu’à 6 mois de récupération après une compétition chez les bodybuilders)
  • Difficultés à récupérer après un effort | Fatigue permanente
  • Dysfonctionnement des fonctions reproductives (jusqu’à l’infertilité)
  • Décès (dans certains cas)

  Au final il n’apparait pas meilleur pour la santé d’être sec. Je n’ai trouvé aucune étude qui prouve aujourd’hui que les gens secs (Ultra Lean et Lean) tombent moins malades ou ont une meilleure santé que les gens non secs (Moderate Lean). 

N.B: Si un des lecteurs de cet article connait une référence scientifique sérieuse, je serais reconnaissant qu’il me la transmette en en postant le lien en commentaire au bas de la page. Je rectifierais ainsi cet article en prenant en compte les nouvelles données.

Une des raisons à cela est que la graisse n’augmente pas le risque infectieux et n’affaiblit pas le système immunitaire (à part pour les gens en fort surpoids et les obèses). Au contraire, le tissu adipeux (masse grasse) joue un rôle plus important qu’un simple stockage d’énergie. Il stocke entre autres des lymphocytes (responsables de l’immunité et de la production d’anticorps) et des cellules du système immunitaire, des cellules vasculaires, des terminaisons nerveuses (7) mais est aussi capable de produire des adipokines (cellules produites par le système adipeux) qui jouent un rôle important dans la sécrétion de macrophages (cellules du système immunitaire) (8). Si vous êtes un Moderate Lean sans pathologie particulière (diabète, cholestérol…) et heureux avec des abdos « camouflés », restez comme vous êtes. D’un point de vue santé, vous n’avez rien à gagner à perdre de la masse grasse. 

Est ce qu’être sec permet de réaliser de meilleures performances sportives?

Au niveau sportif, le besoin d’être sec pour être performant va être déterminé par:

  • Le sport que vous pratiquez (9). Un golfeur n’aura pas les mêmes exigences qu’une patineuse artistique ou qu’un cycliste sur piste. 
  • Le type d’effort auquel vous êtes soumis au sein de votre sport. En prenant l’exemple du football, un gardien de but n’aura pas besoin des mêmes qualités physiques qu’un numéro 10. Ainsi la composition corporelle s’adaptera en fonction (10).

Dans certains cas, avoir un peu de masse grasse comporte même certains avantages. Ainsi un athlète comme Lewis Pugh (11), un des meilleurs nageurs en eau froide de notre espèce (il a traversé l’antarctique à la nage en slip Speedo pour sensibiliser le monde sur la fonte de la calotte glaciaire) tire de nombreux bénéfices de ne pas être trop sec. En effet, la graisse facilite la flottaison (12) et confère une meilleure adaptation au froid (13).

Et quand vous vous apprêtez à plonger dans ce genre de bassin, c’est quelque chose que vous faites jouer en votre faveur.

Lewis Pugh

Twitter Photo @LewisPugh

D’autres sports comportent des athlètes à la masse grasse conséquente. Le sumo en fait partie et ce pour les raisons suivantes:

  • Les matchs durent de quelques secondes à 1 minute (rarement atteinte toutefois). L’excédent de poids est plus facile à supporter avec un temps d’effort court.
  • Pour gagner un match il faut faire sortir son adversaire du cercle ou lui faire toucher une partie du corps autre que la plante de ses pieds au sol. Il n’y a donc pas de lutte au sol. Et si l’un des deux combattants va au sol, le match est terminé (contrairement au judo ou à la lutte où le combat continue sauf « ippon » ou « tombé »). La dépense d’énergie est donc moindre.
  • La deuxième loi de Newton | Force = Masse x Accélération | (restez avec nous les littéraires) explique aussi la masse grasse importante de nombreux sumos. Le sumo étant un sport de force, j’ai 2 moyens d’augmenter cette qualité physique. Soit en augmentant ma capacité à accélérer ce qui est peu recommandable dans le sumo (pour rappel le cercle de combat mesure 4,55m de diamètre et je dois éviter à tout prix d’en sortir). Soit en augmentant ma masse (ce que nous appelons vulgairement le poids). Si un camion de 33 tonnes et une Smart roulent à la même vitesse et percutent le même mur, le camion génèrera beaucoup plus de dégâts que la Smart. 
Combat de Sumo

Combat de Sumo – Crédit Photo: Edward Dalmulder

Toutefois, il est idéal que l’augmentation de cette masse se fasse en faveur de la masse musculaire qui est une masse utile. La masse grasse, elle, ne peut pas se contracter. C’est la raison pour laquelle on retrouve peu de sports avec des athlètes aux masses grasses importantes. C’est ce que l’on constate dans le tableau suivant qui présente les pourcentages de masse grasse des athlètes par sport.

Masse Grasse Athlètes

Chart Reference: Frederick C. Hatfield, Ph.D, The ZigZag Diet®

Certains des sports présentés requièrent des physiques massifs. Mais au contraire du sumo, les demandes de ces sports requièrent du déplacement et de la répétition d’efforts. Il faut ainsi trouver le meilleur compromis de vitesse, de force et d’endurance. Prenons l’exemple des Linemen au Football Américain, marqué Football dans le tableau (le foot aux USA se dit Soccer) dont le jeu sur le terrain ressemble le plus aux efforts des sumos: bloquer, pousser, contourner…

Les Linemen affichent des masses grasses de 10 à 15% avec des mensurations impressionantes. Au NFL Combine de février 2015 (un stage de détection par les clubs NFL de tous les meilleurs joueurs universitaires) la moyenne en taille et en poids était de 1,95m pour… 144Kgs (14). L’un des meilleurs linemen de la NFL est JJ Watt, un bébé d’1m96 pour 132Kgs. Regardez bien la photo ci dessous, personnellement je cherche encore la masse grasse.

JJ Watt

Twitter Photo @JJWatt

L’explication d’un physique comme celui là se comprend assez bien lorsque l’on analyse le type d’effort que JJ Watt doit produire au cours d’un match. Pousser, contourner, courir, plaquer, sauter, changer de direction… Avec une masse grasse trop importante, les déplacements seraient beaucoup plus lents et ne pourraient pas être répétés. Avec un poids moins important, il ne parviendrait pas à franchir le rideau de linemen offensifs (JJ Watt est lineman défensif) qui affichent, je vous le rappelle, 1m96 pour 132Kgs de moyenne. 

Enfin, une des majeures problématiques des staffs encadrants est le maintien des performances tout au long de la saison. En prenant l’exemple du rugby, la saison 2015-2016 de Top 14 a commencé le 21/08/15 et prendra fin le 24/06/16 avec la finale au Camp Nou à Barcelone. Rajoutez à cela les matchs de H Cup ou de challenges européens, le 6 Nations, les tests matchs, et la Coupe du Monde qui s’est tenu du 18 septembre au 31 octobre. Les saisons sont longues, intenses et fatiguent les joueurs. L’enjeu majeur des staffs est de maintenir la meilleure condition physique possible tout au long de l’année. 

Et une modification de la composition corporelle au cours de la saison pourrait jouer en défaveur des athlètes et de leur performance.

C’est ce qu’ont démontré différents chercheurs sur plusieurs études (15,16,17). Au final, une modification de la composition corporelle s’est traduit par:

  • Une diminution des performances sur des mouvements comme le power clean (l’épaulé en force), le saut vertical et les sprint courts (20 et 40 yards) avec seulement une augmentation de 2% de la masse corporelle. Dans mon exemple, cela représente une augmentation de 1,8kgs seulement. Je pèse 90kgs. Dans l’étude, les 2% de poids supplémentaire ont été généré par l’ajout d’une charge externe (poids, lest…). Pas une prise de muscle. Auquel cas, les performances n’auraient probablement pas diminué. Notamment pour le power clean.
  • Une diminution de la masse musculaire au cours de la saison impacte de manière négative les efforts d’endurance (17). Pour les curieux, le VO2Max est passé de 49,24ml/kg/min à 44,87ml/kg/min entre Août et Décembre chez des joueuses de football de niveau universitaire.

Que retenir?

  • Question santé, être sec ne comporte pas d’avantages. A moins de rentrer dans les catégories excess fat et obèse, vous ne tomberez pas plus malade (sauf pathologie particulière type diabète, cholestérol…) parce que vous avez un peu de ventre. J’ai bien dit un peu.
  • Question performance, à moins que vous ne pratiquiez de la nage longue distance en eau froide ou un sport qui justifie d’avoir de la masse grasse, cette dernière sera la plupart du temps une entrave à la performance. Et ce, que vous pratiquiez un sport explosif ou un sport d’endurance.
  • Pensez à vous peser et à faire analyser votre masse grasse régulièrement, notamment si vous voyez une diminution dans vos performances ou ressentez une fatigue excessive. Vous pourriez avoir pris de la masse grasse ou perdu du muscle. Si votre masse grasse reste la même et que vous avez perdu du poids, il est fort probable que vous ayez perdu de la masse musculaire
Renaud Gaudefroy

Auteur de l’article
Renaud Gaudefroy

  1. Eknoyan G. Adolphe Quetelet (1796-1874) – The average man and indices of obesity. Nephrol Dial Transplant 2008; 23: 47-51
  2. Dympna GSteven BH,Moonseong H,Susan AJPeter RM, Yoichi S, Healthy percentage body fat ranges: an approach for developing guidelines based on body mass index, 2000 American Society for Clinical Nutrition,
  3. Rossow LM, Fukuda DH, Fahs CA, Loenneke JP, Stout JR, Natural bodybuilding competition preparation and recovery: a 12-month case study, Int J Sports Physiol Perform. 2013 Sep.8(5):582-92
  4. Mäestu J1, Eliakim A, Jürimäe J, Valter I, Jürimäe T, Anabolic and catabolic hormones and energy balance of the male bodybuilders during the preparation for the competition, J Strength Cond Res. 2010 Apr;24(4):1074-81.
  5. Rose E. Frisch, Female Fertility and the Body Fat Connection (Women in Culture and Society), Mai 2004, University Of Chicago Press
  6. http://www.mayoclinic.org/diseases-conditions/obesity/expert-answers/normal-weight-obesity/faq-20058313
  7. Arnaud Basdevant, Obésité, Institut hospitalo-universitaire ICAN (Institute of cardiology metabolism and nutrition), Paris, président du Plan National Obésité 2010-2013 – Janvier 2014
  8. MacLaren R, Cui W, Cianflone K, Adipokines and the immune system: an adipocentric view,Adv Exp Med Biol. 2008;632:1-21
  9. Fleck SJ, Body composition of elite American athletes, Am J Sports Med, 1983 Nov-Dec;11(6):398-403.
  10. Sutton L, Scott M, Wallace J, Reilly T, Body composition of English Premier League soccer players: influence of playing position, international status, and ethnicity, J Sports Sci. 2009 Aug;27(10):1019-26
  11. https://www.ted.com/talks/lewis_pugh_swims_the_north_pole?language=fr
  12. Ernest W. Maglischo, Swimming Fastest, the essential reference on technique, training and program design, p.57, Human Kinetics, 2003
  13. Stephens, Jessica M. Argus, Christos, Driller, Matthew W. (2014) The Relationship between Body Composition and Thermal Responses to Hot and Cold Water Immersion, Journal of Human Performance in Extreme Environments: Vol. 11: Iss. 2, Article 1
  14. http://www.sbnation.com/nfl/2015/2/18/8065203/2015-nfl-combine-results-weigh-in-offensive-linemen
  15. Miller TA, Thierry-Aguilera R, Congleton JJ, Amendola AA, Clark MJ, Crouse SF, Martin SM, Jenkins OC,Seasonal changes in VO2max among Division 1A collegiate women soccer players, J Strength Cond Res. 2007 Feb;21(1):48-51
  16. Inacio M, Dipietro L, Visek AJ, Miller TA, Influence of upper-body external loading on anaerobic exercise performance, J Strength Cond Res. 2011 Apr;25(4):896-902
  17. Miller TA, White ED, Kinley KA, Congleton JJ, Clark MJ,The effects of training history, player position, and body composition on exercise performance in collegiate football players, J Strength Cond Res. 2002 Feb;16(1):44-9.
Renaud Gaudefroy

Bonjour et MERCI d’avoir pris le temps de lire mon article.
Dans la vie, je me passionne pour 2 choses:
1- Trouver les meilleurs outils pour réussir (presque) tous les objectifs que je me fixe.
2- Vous transmettre ces outils et vous apprendre à les utiliser pour vos propres objectifs.
N’hésitez pas à consulter mes autres articles ou à me contacter par les réseaux sociaux.
À très bientôt!
Renaud.

3 thoughts on “A part esthétique, quel est l’intérêt d’être sec?

  1. Article intéressant. Je fais partie de la catégorie de personnes qui cherche à devenir sec pour l’esthétique. Faute de devenir une montagne de muscle, autant que ces derniers soient visibles

  2. Très intéressant cet article Renaud ! C’est vrai que pour mon cas, plus je fais du sport plus je cherche à être sèche (je me suis mise à la course pour sécher à la base, et ça marche 😉 mais je suis aussi consciente qu’il ne faut pas que ça devienne une obsession, car en effet, ce serait très dangereux aussi bien physiquement comme tu l’as démontré mais aussi psychologiquement … Comme pour tout, un équilibre doit être trouvé (je parle bien sûr de personnes sportives mais pas forcément athlètes …) … Et finalement, maintenant je cours plus pour le plaisir et le challenge que pour être très sèche … Merci pour tes articles toujours très bien écrits et documentés !

    1. Renaud Gaudefroy

      Je te remercie de ton retour et de ton témoignage Karine. Les résultats que tu as eu sont très satisfaisants et plaisants à obtenir. Mais comme tu le dis, c’est bien de trouver de nouveaux objectifs et de porter son intérêt sur d’autres choses que l’esthétique. La préparation d’un semi marathon me semble être un bon exemple 😉

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