La viande rouge et les risques de cancer: Décryptage de l’étude

Nutrition

« La viande rouge est probablement cancérogène »

Viande rouge

Photo: ®Mike-Flickr-CC-BY-NC-SA    

  « La viande rouge est probablement cancérogène ». Voilà la déclaration relayée par les médias à l’issue du communiqué de presse du CIRC (1) (Centre International de Recherche contre le Cancer), agence de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) le 26 octobre 2015.

   Curieux, j’ai pris le temps de consulter ce communiqué (l’étude n’étant pas encore parue) et vous en livre ici les grandes lignes.

Ce qu’il faut retenir

  • L’étude porte sur 800 études et a réuni 22 experts de 10 pays différents
  • Les types de viande entrant dans la catégorie « viande rouge » sont le boeuf, le veau, le porc, l’agneau, le mouton, le cheval et la chèvre. Les types de viande préparés/transformés incluent le jambon, la saucisse, le boeuf séché…
  • L’impact cancérogène de la viande porte seulement sur les cancers colorectal, du pancréas et de la prostate
  • 50gr de viande transformée consommée quotidiennement accroît le risque de cancer colorectal de 18%. En cause, le rôle du fer héminique (présent dans le sang de la viande) et les nitrates/nitrites utilisés pour la préparation des viandes transformées (additifs servant à la conservation de la viande).

Ce qui n’est pas mis en avant

    • Le communiqué du CIRC s’appuie sur une monographie | Aucune recherche scientifique n’a été réalisée. Les experts décrivent simplement la force des données scientifiques qui leur ont été présentées
    • Pas de sources des données scientifiques*. On ne connait ni l’origine de la viande, ni l’hygiène de vie des sujets ou encore leur état de santé | Si les sujets consomment peu de végétaux, fument et boivent de l’alcool et consomment de la viande de production industrielle, l’impact sur le risque de cancer sera nettement différent que sur des sujets consommant de grandes quantités de végétaux, ne fumant pas et se limitant à un verre de vin par jour en consommant de la viande de production bio. Elémentaire mon cher Watson.

  • La conclusion du CIRC est que la viande rouge est probablement cancérogène. Il n’y a ainsi pas d’évaluation du niveau de risqueLe niveau de risque permet d’estimer l’impact qu’à un produit sur un type de cancer. Par exemple, la cigarette a un niveau de risque très élevé sur le cancer des poumons (2,3) . 

*J’ai envoyé un mail à Véronique Terrasse, l’attachée de presse du CICR afin d’avoir plus d’informations sur les données scientifiques utilisées lors de l’étude. Je ferais une mise à jour de cet article si j’obtiens une réponse de sa part.

Le réel danger de la viande

  Des estimations récentes émises par le Global Burden of Disease Project (4,5), organisme de recherche universitaire indépendant, estiment à 50000 le nombre de décès par an dont pourrait être responsable la viande rouge et 34000, les viandes transformées. Il est précisé que les personnes concernées par ces décès font une consommation importante de ces produits (néanmoins pas de quantité par personne et par jour précisée) | Attention ici à bien comprendre la notion de « pourrait être responsable » qui précise bien le doute sur le rôle que jouent les viandes transformées et les viandes rouges sur le nombre de décès présentés. Elle diffère de la notion « imputable » qui définit le rôle prouvé et avéré d’un produit sur la mortalité qu’il génère. En voici quelques exemples:

  • Tabac: 1Million de décès par an (4,5)
  • Alcool: 600 000 décès par an (4,5)
  • Pollution atmosphérique: 200 000 décès par an (4,5)

Que retenir pour les omnivores?

  • Réduisez votre consommation de viande (si ce n’est pas déjà fait). Le guide « La santé vient en mangeant » (6) émis par l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé) recommande de ne pas dépasser 100 grammes de viande par jour pour une personne non sportive | Cette moyenne de 100 grammes peut être étalée sur une période de plusieurs jours. Par exemple, vous ne consommez pas de viande pendant 3 jours, vous pouvez consommer une pièce de 300 grammes le 3ème jour. Les autres jours, alternez avec des oeufs, du poisson et des crustacés.
  • Achetez mieux | Un des phénomènes que ne soulève pas l’étude est la condition d’élevage des animaux que nous consommons. Issus d’élevages intensifs, ils sont gavés d’antibiotiques (7) (environ 50% des antibiotiques produits dans le monde sont destinés aux animaux) et nourris aux céréales riches en acides gras oméga-6 pro-inflammatoires dangereux pour la santé (8). Privilégiez des productions locales, respectueuses des bêtes. Vous connaissez les rucheshttps://laruchequiditoui.fr/fr Un bon moyen d’acheter des produits locaux de qualité partout en France.
  • Augmentez votre apport de végétaux | Un des majeurs problèmes des consommateurs de viande réside dans le fait qu’ils ont une hygiène de vie moins bonne (tabac, alcool, sédentarité…) favorisant un état inflammatoire plus important qui engendre un plus grand risque de maladies et de mortalité (9,10). Echangez vos pâtes, riz et traditionnelles patates contre plus de légumes et de fruits. Beaucoup plus.

N’oublions pas enfin les autres conséquences de la production de viande. Notamment sur l’environnement. Une super vidéo qu’a réalisé Le Monde à ce sujet a pour but de nous raisonner sur notre consommation

Renaud Gaudefroy

Auteur de l’article Renaud Gaudefroy

  1. http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2015/cancer-red-meat/fr/
  2. Ochsner A, My first recognition of the relationship of smoking and lung cancer. Prev Med1973;2:61114
  3. Hammond ECHorn D, The relationship between human smoking habits and death rates: a follow-up study of 187,766 men. JAMA 1954;155:131628.
  4. http://www.who.int/features/qa/cancer-red-meat/fr/
  5. http://www.who.int/healthinfo/global_burden_disease/2004_report_update/en/
  6. http://www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/detaildoc.asp?numfiche=581
  7. https://www.anses.fr/fr/system/files/ANMV-Ra-Antibiotiques2012.pdf
  8. A.P Simopoulos, The importance of the ratio of omega-6/omega-3 essential fatty acids, Biomedicine & Pharmacotherapy, Volume 56, Issue 8, October 2002, Pages 365–379
  9. M Fogelholm et al., Association between red and processed meat consumption and chronic diseases: the confounding role of other dietary factors, European Journal of Clinical Nutrition (2015) 69, 1060–1065; doi:10.1038/ejcn.2015.63; published online 13 May 2015
  10. Ian Spreadbury, Comparison with ancestral diets suggests dense acellular carbohydrates promote an inflammatory microbiota, and may be the primary dietary cause of leptin resistance and obesity, Diabetes Metab Syndr Obes. 2012; 5: 175–189.

 

Renaud Gaudefroy

Bonjour et MERCI d’avoir pris le temps de lire mon article.
Dans la vie, je me passionne pour 2 choses:
1- Trouver les meilleurs outils pour réussir (presque) tous les objectifs que je me fixe.
2- Vous transmettre ces outils et vous apprendre à les utiliser pour vos propres objectifs.
N’hésitez pas à consulter mes autres articles ou à me contacter par les réseaux sociaux.
À très bientôt!
Renaud.

One thought on “La viande rouge et les risques de cancer: Décryptage de l’étude

  1. Bonjour,

    Un article intéressant ne tombant pas dans l’avis radical et extrême. Étoffé de référence il apporte un éclairage juste avec des explications claires qui laisse une belle part à notre libre arbitre. Consommer des viandes issues d’élevages étiquement respectueux de l’animal , éviter l’industrialisation carnée, voilà une consommation resonnée.
    Après de nombreuses lecture et recherches et entretient avec un médecin micronutritionniste voici une conclusion qui vient apporter un complément d information sur l’effet de la protéine ( viande ou pas) sur les conséquences d’une alimentation forte en protéine .
    En ce qui concerne les protéines elles sont acidifiantes et non physiologiques au delà de 0, 4 mg/kg / j
    C’est ce que révèle une étude récente chez des grds brûlés et chez des cancéreux où l’apport massif de protéines a été réfuté du fait d’une action inflammatoire importante , d’une acidose , d’une fatigabilité extrême de l’organisme à les éliminer
    Cela concerne l’excès en protéines animales comme végétales .
    Bien évidemment , il faut tenir compte de la vie de l individu ( cédentaire, sportif etc…) de son alimentation. Les légumes ont un rôle basifiant, aussi leur consommation est indispensable.
    M.

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