Le Jeûne Intermittent #2: Vivre mieux, plus longtemps

La meilleure de toutes les médecines consiste à se reposer et jeûner

Benjamin Franklin

Après une première partie sur l’impact du jeûne sur la perte de poids et la performance sportive, voici une deuxième partie sur la santé. Plus précisément, la relation entre le jeûne et la capacité à vivre mieux, plus longtemps. Et c’est principalement sur ce sujet, que le jeûne suscite de nombreux intérêts. Peu étonnant à une période où la civilisation mondiale n’a jamais semblé aussi malade (1,2,3,4), bien que la médecine moderne n’a jamais semblé aussi performante (5,6).

Introduction

Prendre de l’âge est associé à des changements biologiques qui contribuent à un déclin progressif des fonctions physiques et cognitives, entrainant une perte d’indépendance et une augmentation du risque de mortalité. De nombreuses études sur les animaux (rongeurs, primates) démontrent assez tôt la capacité d’étendre la vie grâce à un régime en restriction calorique (réduction des apports caloriques sans malnutrition) mais également de retarder l’apparition de maladies liées à l’âge (7,8,9). Les premières études sur le sujet apparaissent à la fin des années 30 (10)!! Des scientifiques pragmatiques, Carlson et Hoelzel (11), comprennent aussitôt que l’abondance de la nourriture présente dans les sociétés modernes induit une incompatibilité avec le régime par restriction calorique. Pas fous les 2 scientifiques. C’est là que l’intérêt pour le jeûne va commencer. Nous sommes en 1946.

Le principe du Jeûne ou de la Restriction Calorique

Le déclin progressif observé au cours du vieillissement a plusieurs origines (génétique, environnementale…). L’accumulation de protéines endommagées, caractéristique du vieillissement cellulaire, est un des principaux facteurs. En effet, tout au long de sa vie, l’organisme régénère ses cellules (11). Hors, avec l’âge, ce processus s’altère via différents mécanismes; notamment l’oxydation – un des désavantages à être une bête qui respire pour vivre. Cette oxydation produit les fameux radicaux libres, balancés à toute les sauces par les géants de la cosmétique pour vendre plus de crèmes anti-âge. Ces derniers provoquent des lésions cellulaires altérant petit à petit la structure naturelle de la cellule (12).

Un deuxième processus cellulaire réduit son activité avec l’âge. C’est l’autophagie (13). L’autophagie consiste en une dégradation partielle de la cellule, permettant entre autres l’élimination et le remplacement continuel de certaines cellules et de leur contenu (protéines, organites…), favorisant ainsi l’élimination d’éléments pathogènes. L’autophagie apporte ainsi une solution à l’accumulation des protéines endommagées et démontre de nombreux bénéfices pour diverses maladies neuropathiques (Parkinson, Alzeihmer, Huntington) et cardiaques (ischémie) (14).

Hors il a été de nombreuses fois observé que la restriction calorique/le jeûne intermittent contrent les effets du stress oxydatif, favorisent l’autophagie et assurent le maintien d’une population mitochondriale saine au travers de la biogénèse (création de nouveaux organismes/nouvelles cellules à partir d’organismes/cellules anciens) (15,16,17).

D’autres recherches prometteuses

De nombreuses autres études ont mis en lumière les bénéfices pour la santé et la longévité du JI (jeûne intermittent). Notterpek & Lee (18) ont par exemple observé un impact positif du JI sur le système nerveux périphérique (SNP) par la prévention des dégénérescences liées à l’âge. Le SNP est responsable du transport d’informations du système nerveux central (cerveau+moelle épinière) au corps et du corps au SNC (informations motrices et sensorielles). De nombreuses fibres nerveuses du SNP sont entourées de myéline (un isolant protecteur et accélérateur de la propagation d’informations). Les dégénérescences liées à l’âge, que va contrer le JI, sont un endommagement de cette myéline provoquant des troubles moteurs, sensitifs et psychiques.

Han et Someya (19) ont eux observé, une réduction de la perte d’audition liée à l’âge via la restriction calorique. Cette perte d’audition étant corrélé à l’endommagement de cellules (cellules ciliées) au sein de la cochlée, la restriction calorique va induire une action sur ces cellules par les mécanismes vu au dessus (autopahie, biogénèse).

Dans la lignée de Han et Someya, Tsubota et al. (20) ont observé un impact positif de la restriction calorique sur différentes pathologies oculaires (dégénération maculaire, sécheresse oculaire, rétinopathie diabétique). Comme ces pathologies apparaissent ou s’aggravent avec l’âge, ils ont émis l’hypothèse qu’une stratégie s’attaquant au processus de vieillissement plutôt qu’au traitement direct de la pathologie pourrait apporter de juteuses promesses.

Que retenir?

  • Le vieillissement, qui entraine un déclin progressif des fonctions physiques et cognitives, est en grande partie liée à une dégénérescence dans le processus du renouvellement cellulaire. La restriction calorique semble apporter de précieuses réponses dans le maintien d’un renouvellement cellulaire de qualité, apparaissant ainsi favoriser la longévité.
  • Le Jeûne Intermittent peut apporter les mêmes résultats que la restriction calorique, en permettant une meilleure gestion de l’abondance de nourriture présente dans nos sociétés modernes.
  • Par leur action au niveau cellulaire, le JI ou la restriction calorique semblent agir sur de nombreuses fonctions de l’organisme. Des recherches prometteuses mettent en avant des réductions de dégénérescence liées à l’âge sur des structures comme le système nerveux, le système auditif et le système oculaire.
  • Il manque encore des études menées sur l’homme afin de s’assurer que les résultats constatés auprès des animaux peuvent se reproduire chez l’humain.
Renaud Gaudefroy

Auteur de l’article
Renaud Gaudefroy

  1. http://www.wrsc.org/attach_image/evolution-american-chronic-disease
  2. http://bit.ly/2gvDYr5
  3. http://bit.ly/2yuE5dv
  4. https://www.freightwaves.com/news/2017/8/9/diabetes-and-the-long-haul-truck-driver
  5. https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/23210-Une-greffe-tete-l-homme-2-ans-Premature
  6. https://sciencepost.fr/2017/09/prio-sida-nouveau-traitement-antiviral-prometteur/
  7. Weindruch R., The retardation of aging by caloric restriction: studies in rodents and primates, Toxicol. Pathol., 1996
  8. Weindruch R, et al., Microarray profiling of gene expression in aging and its alteration by caloric restriction in mice, J. Nutr., 2001
  9. McDonald R., Ramsey J., Honoring Clive McCay and 75 Years of Calorie Restriction Research, J Nutr., 2010
  10. Carlson AJ, Hoelzel F., Apparent prolongation of the life span of rats by intermittent fasting., J. Nutr. 1946
  11. Li J. et al., The cellular and molecular mechanisms of tissue repair and regeneration as revealed by studies in Xenopus, Regeneration (Oxf)., 2016 
  12. Kozina L., Arutjunyan A., Editorial: Denham Harman – Pioneer of the Free Radical Theory of Aging, Curr Aging Sci., 2017
  13. Cuervo A., Autophagy and aging, Trends Genet., 2008
  14. Glick D. et al., Autophagy: cellular and molecular mechanisms, J Pathol., 2010
  15. Hofer T, et al., Long-term effects of caloric restriction or exercise on DNA and RNA oxidation levels in white blood cells and urine in humans. Rejuvenation Res. 2008
  16. Hofer T, et al., Bioenergetics and permeability transition pore opening in heart subsarcolemmal and interfibrillar mitochondria: effects of aging and lifelong calorie restriction. Mech. Ageing Dev. 2009
  17. Lee C. et al., Gene expression profile of aging and its retardation by caloric restriction, Science. 1999
  18. Notterpek L., Lee S., Dietary restriction supports peripheral nerve health by enhancing endogenous protein quality control mechanisms, Exp. Gerontol., 2013
  19. Han C., Somaya S., Maintaining good hearing: calorie restriction, Sirt3, and glutathione, Exp Gerontol, 2013 
  20. Tsubota et al., Calorie restriction (CR) and CR mimetics for the prevention and treatment of age-related eye disorders, Exp Gerontol., 2013

 

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